Discours de M. David Lee
Chef de la Mission Spéciale de l'OEA
à la 4ème session d'enseignement des droits de la personne
de l'Académie nationale de la Plaidoirie

avec l'appui de l'Université d'État d'Haïti

Port-au-Prince, le 15 septembre 2003

C’est pour moi un grand plaisir de participer au nom de la Mission Spéciale de l’OEA visant à renforcer la Démocratie en Haïti à l'ouverture de la 4ème Session d'Enseignement des Droits de La Personne organisée par l'Académie Nationale de la Plaidoirie avec l'appui de la Faculté de Droit et des Sciences Économiques de l'Université d'État d'Haïti.

Je félicite l'ACNAP pour ses efforts de promotion et protection des droits humains en Haïti. Cette jeune association de professeurs de droits et d'avocats organise depuis déjà 4 années, m'a-t-on expliqué, une session de formation dans le domaine des droits humains de manière bénévole et à toute fin pratique sans ressources financières, sous l'œil bienveillant du Doyen de la Faculté et de l'Université d'État. Cela est tout à fait impressionnant! Il faut encourager une activité aussi désirable, car Haïti en a grandement besoin en ce moment.

Comme vous le savez tous, à la demande d’Haïti, La Mission Spéciale de l’OEA Visant à renforcer la Démocratie, a vu le jour suite à l’adoption par le Conseil Permanent de l’OEA de la Résolution 806 en janvier 2002. Son mandat, qui comprend entre autres choses les droits humains et la justice, a été complété en septembre 2002 par la Résolution 822. Aujourd’hui il faut tenir compte également de la plus récente Résolution adoptée à Santiago, Chili, au mois du juin 2003, la Résolution 1959, qui constitue un appel lancé au GOH, à la société civile, comme à l’opposition politique pour en arriver à un accord pouvant favoriser le processus démocratique.

L'initiative de l'ACNAP est aussi des plus opportunes eue égard à la crise qui secoue le pays. Il s'agit en effet d'un effort d'éducation basé sur la recherche universitaire et académique. En parcourant le programme de la session on constate que les problèmes et les thèmes les plus actuels en matière de droits humains y figurent: la problématique de l'universalité des droits, celle de l'état de droit et l'indépendance de la magistrature, l'impunité, les systèmes universel et régionaux de protection des droits humains, le contrôle de la constitutionnalité, le commerce mondial et les droits humains. Bon nombre de ces  problèmes sont aussi parties intégrantes de cette crise qui nous occupe tant.

La Charte Démocratique Interaméricaine n'affirme-t-elle pas, à son article 3, qu'au « nombre des composantes essentielles de la démocratie représentative figurent, entres autres, le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales ». La Charte énonce aussi, en son article 7 que « la démocratie » est à son tour « indispensable à l'exercice effectif des libertés fondamentales et  aux droits de la personne », libertés et droits qui sont, « de par leur nature, universels, indivisibles et interdépendants » et qui sont consacrés dans les constitutions respectives des États et dans les instruments interaméricains et internationaux traitant des droits de la personne.

En ses articles 16 et 27 la Charte affirme également le rôle clé joué par l'éducation « pour le renforcement des institutions démocratiques » et le rôle de l'OEA dans la conduite « de programmes et d'activités visant à encourager les principes et pratiques démocratiques », notamment « la bonne gouvernance, une saine gestion, des valeurs démocratiques et le renforcement des institutions politiques et celles de la société civile ». 

Lors de sa dernière session la Commission des Droits de l'Homme de l'ONU a elle aussi affirmé par une résolution « l'interdépendance de la démocratie et des droits de l'homme » (E/CN.4/2003/L.49) en déclarant que « les éléments essentiels de la démocratie comprennent le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales ». La Commission a en outre déclaré dans cette résolution « être convaincue que la démocratie, le développement et les respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont interdépendants et synergiques, et que la démocratie est fondée sur la volonté librement exprimée des êtres humains de déterminer leurs propres systèmes politiques, économiques, sociaux et culturels, ainsi que leur pleine participation à tous les aspects de leur existence ».

Je constate enfin que la Session d'Enseignement constitue un espace unique de réflexion et de formation, ouvert autant aux étudiants en droit qu'aux membres de la communauté universitaire en général, de même qu'aux autres membres de la population. Voilà un exemple concret de l'apport de l'Université au développement d'un esprit de tolérance propice à l'éclosion de la paix et de la réconciliation au pays.

Aux termes d'un processus évolutif, qui a été marqué par l'adoption de différents instruments internationaux, les États américains sont parvenus à structurer un système régional de promotion et de protection des droits humains, qui consacre des droits, édicte des normes obligatoires en vue de leur promotion et défense et crée des organes destinés à veiller à leur fidèle observation.

Ce matin j’aimerais attirer votre attention sur l’un de ces instruments, la Convention Américaine sur les Droits de l’Homme.  L’article 15 de cette Convention a trait au Droit de Réunion et se lit comme suit :

« Le droit de réunion pacifique et sans armes est reconnu. L’exercice de ce droit ne peut faire l’objet que des seules restrictions qui, prévues par la loi sont nécessaires dans une société démocratique dans l’intérêt de la sécurité nationale, de la sûreté et de l’ordre publics ou pour protéger la santé ou la moralité publiques, ou les droits ou les libertés d’autrui. »

Il faut encourager la connaissance de  ce système en Haïti et son utilisation encore plus prononcée par les juristes et les défenseurs des droit humains en Haïti. Il appartient aux étudiants en droit comme aux militants des droits de l'homme haïtiens, aux ONG de promotion et de protection des droits humains et de la société civile, et aux avocats aussi de développer ces outils incontournables offerts par le système interaméricain pour consolider la défense et la promotion de la dignité humaine en Haïti, comme la lutte contre l'impunité.

Pour toutes ces raisons la Mission spéciale, et en particulier ses composantes Justice et Droits Humains, sont heureux de s'associer, autant intellectuellement par des contributions de leurs experts que financièrement, à cette activité de l'ACNAP chapeautée par l'Université d'État d'Haïti. Il est à espérer que celle-ci ne représente que le début d'une coopération tangible et fructueuse dans le domaine de la recherche académique et universitaire. Puissent-ils être aussi féconds et ce, dans le meilleur intérêt du bien-être collectif des citoyens, du renforcement de la démocratie et de la consolidation de l'État de  droit en Haïti.


 

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