COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Le 24 novembre, 2003
Notes pour une rencontre avec la presse de David Lee,
Chef de la Mission Spéciale de l’OÉA
Bonjour et bienvenu!
Mon but principal aujourd’hui était, et reste toujours, de vous parler du
Cinquième Rapport du Secrétaire Général sur la situation en Haïti et le
processus qu’envisage l’OÉA à cet égard. Cependant, il semble exister des
malentendus sur quelques-unes de nos positions et je vais donc m’adresser à
ces points aussi, en cours de route.
Mais d’abord, j’aimerais saisir cette occasion pour souligner combien il me
faisait plaisir de pouvoir assister, comme Représentant Spécial du
Secrétaire Général de l’OÉA, le 18 novembre à la cérémonie marquant le
200ième anniversaire de la bataille de Vertières—victoire qui revête une
importance tout à fait capitale dans l’histoire non seulement de ce peuple,
de cette île, mais aussi de l’hémisphère, et même pour le monde. Il est à
espérer que l’exemple d’unité en diversité fourni par cet effort soutenu de
tous les Haïtiens, effort qui a mené au succès éclatant que représente Vertières, aura en fin de compte son influence de nos jours pour le bénéfice
de tout le peuple haïtien. Cette semaine on observe aussi l’anniversaire de
l’Acte de l’Indépendance le 28 novembre 1803 à Fort Liberté.
Le Cinquième Rapport du Secrétaire Général couvre la période du 20 mai au 4
novembre 2003. Il a été publié il y a presque deux semaines, et a été
présenté au Conseil Permanent le 19 novembre par le Secrétaire Général
Adjoint, l’Ambassadeur Luigi Einaudi. On peut le trouver, comme d’habitude,
sur notre site web (www.oashaiti.org). La première partie donne un résumé de
certains développements majeurs pendant la période. La deuxième partie fait
l’évaluation de la capacité de la Mission Spéciale de remplir ses mandats,
évaluation préconisée par la Résolution 1959 de l’Assemblée Générale du 10
juin 2003. Et la troisième partie fournit un certain nombre d’Observations
et Conclusions du Secrétaire Général.
Dans ses remarques d’introduction l’Ambassadeur Einaudi a fait état de trois
types de difficultés qu’à son avis le rapport documente. La première
concerne le fait que le gouvernement d’Haïti, et je cite (traduction
informelle de l’anglais): « ait été extrêmement coopératif et fort dans ses
accords avec la Mission Spéciale mais a malheureusement manqué la capacité
de les mettre en œuvre, capacité tant politique qu’administrative. »
J’ouvre une parenthèse. Parfois on me demande pourquoi je me plains de
coupages et de sélectivité dont certains organes de la presse ont fait
preuve. En voilà un exemple flagrant. Le site Web de l’Agence Haïtienne de
Presse (AHP) du 20 novembre effectivement termine cette phrase de M. Einaudi
après les mots « Mission Spéciale » et avant les mots « mais a
malheureusement… » etc. Évidemment, cela déforme complètement le sens de
l’observation de l’Ambassadeur Einaudi. Il y a tout un monde dans
l’omission. J’ai eu le même genre d’expérience, pas seulement avec cet
organe de presse.
Permettez-moi d’élaborer un peu sur le manque de capacité politique du
Gouvernement. Le Rapport du Secrétaire Général fait état dans sa première
partie de la déclaration du 19 septembre du Président de la République sur
le droit de rassemblement. Le Rapport continue comme suit: « des dirigeants
d’organisations populaires pro gouvernementales ont lancé une opération à
l’échelle nationale pour empêcher la tenue de manifestations
antigouvernementales. Le Gouvernement haïtien n’a ni dénoncé ces activités
des OP, ni mis un frein à celles-ci, qui ont ou bien interrompu ou empêché
de nombreuses manifestations antigouvernementales à travers le pays en
recourant à diverses tactiques, notamment en occupant les points de réunions
pour la manifestation ou en attaquant physiquement les manifestants…. »
Cette démarche a été très visible le 14 novembre 2003 lors de
l’événement—officiellement approuvé—du Groupe des 184 au Champ de Mars à
Port au Prince. En plus, pour des raisons officiellement inconnues la Police
a empêché le G184 à faire venir l’équipement nécessaire pour leur évènement.
En plus, la Police n’a pas sécurisé le périmètre prévu pour l’évènement,
sujet qui avait cependant été discuté à l’avance avec elle par les
manifestants. La Mission spéciale a déjà fait part au Gouvernement de sa
grave déception concernant la façon que cet évènement a été géré.
La Mission Spéciale rappelle (je cite son communiqué récent) "qu'il est la
responsabilité du Gouvernement de respecter les droits civils et politiques
des citoyens, notamment les libertés d’expression, d'association et de
réunion, et de les faire respecter par ses agents y compris la Police
Nationale d'Haïti, et par ses partisans—tout comme il est de la
responsabilité de la population de respecter la Loi du pays."
La Mission est aussi très concernée par l’apparence de traitement injuste et
politisé offert par les autorités à certains membres du Groupe des 184
arrêtés le 14 novembre dernier, notamment deux d'entre eux dont la détention
se prolonge arbitrairement. Le système judiciaire doit être au service de la
Loi du pays et rien d’autre, y compris pour le Coordonnateur du G184.
J’en viens à la deuxième difficulté mentionnée par l’Ambassadeur Einaudi. Je
cite encore : « L’opposition et la société civile….. semblent avoir été plus
aptes à exiger leurs droits que d’accepter des obligations, y compris leurs
obligations de participer dans un conseil électoral. »
Il est trop facile de camper sur une position de critique. Bien sûr qu’il y
a des choses à critiquer. Mais il faut contribuer aux solutions. Et pour
cela il faut nécessairement passer par des élections. Un dialogue entre
Haïtiens et du travail pratique par tous les acteurs s’imposent.
Troisième point : « Et enfin » de dire l’Ambassadeur Einaudi, « la
Communauté Internationale s’est plutôt concentrée sur les mandats que sur
les moyens de les mettre en œuvre. » Il a ajouté que « il est parfaitement
clair que si on va fournir un appui efficace pour la sécurité et les
élections, les sommes d’argent nécessaires seront de loin plus
substantielles que celles fournies jusqu’à présent. »
J’aimerais maintenant passer directement aux Observations et Conclusions du
Secrétaire Général. On peut revenir sur d’autres éléments pendant la période
des questions si vous le voulez.
A titre de conclusion globale, selon le Secrétaire Général la Mission
spéciale s’est mise en condition de pouvoir exécuter les mandats de l’OEA,
pourvu qu’elle bénéficie d’un financement adéquat de la communauté
internationale. Cependant, sa capacité à agir comme garant et force
stabilisatrice pour le renforcement de la démocratie en Haïti dépendra de
façon critique de l’adoption de décisions clés par les acteurs pertinents
haïtiens, spécialement le Gouvernement haïtien et les entités désignant des
représentants au CEP.
Ci-après quelques-unes des observations additionnelles du Secrétaire Général
(tout le texte ci-dessous est tiré du Rapport, sauf les parties en
italiques):
Bien que les dates précises envisagées dans la résolution CP/RES. 822
aient été dépassées par les événements, les considérations et mandats
majeurs contenus dans les résolutions CP/RES. 806 et CP/RES. 822 demeurent
valides.
Le rôle envisagé par la Mission spéciale a été conçu d’entrée de jeu pour
aider et habiliter les Haïtiens à renforcer la démocratie en Haïti, non pour
les remplacer – que ce soit à l’échelon gouvernemental (e.g. Police
nationale haïtienne – PNH) ou au niveau des acteurs non gouvernementaux
(e.g. associations de presse ou organisations haïtiennes de protection des
droits de la personne). La Mission ne peut non plus remplacer d’autres
institutions internationales ou agences d’aide et donneurs. La performance
de la Mission dépend de bonnes relations de travail avec une contrepartie
gouvernementale crédible et engagée et avec des partenaires constructifs des
secteurs privé et non gouvernemental. L’engagement continu d’autres acteurs
internationaux, particulièrement ceux qui ont de l’expérience en Haïti, est
une condition sine qua non. On estime que cette approche demeure correcte,
même si des efforts additionnels seront requis.
En partie à cause des restrictions de ressources et de personnel, les
progrès ont été lents durant les seize derniers mois. Mais la scène
politique haïtienne de plus en plus complexe et la réticence des acteurs
haïtiens à prendre les mesures nécessaires pour former le CEP, y compris les
décisions relatives à la sécurité, ainsi que d’autres requises pour la tenue
des élections, revêtent encore plus d’importance. Alors que l’impasse
s’approfondit, l’OEA en générale et la Mission en particulier ont été
l’objet de critiques des deux parties «parce qu’elles ont adopté une
approche équilibrée» – apparemment parce que la Mission ne s’est pas rangée
du côté des critiques.
À cet égard, je dois citer aussi le paragraphe final de la première partie
du Rapport. « Une polarisation accrue a sapé les efforts déployés par l’OÉA,
notamment ceux de la Mission spéciale ainsi que d’autres personnes plaidant
pour la formation sans délais du CEP de consensus assorti de la sécurité
requise, de façon à avancer sur la voie d’élections à la date qui aura été
arrêtée par le CEP de consensus. » Malheureusement, le courageux Message de
la Conférence des Évêques d’Haïti a reçu la même réaction hâtive de la part
de certains.
Il a été possible pour la Mission, au moins dans certains cas, d’établir
le genre de liaisons avec les autorités haïtiennes, d’autres entités
haïtiennes et les donneurs et entités internationaux, susceptibles de la
mettre en mesure de donner suite à ses mandats de manière plus intégrale…..
bien que cette situation ne soit pas du tout uniforme. Le facteur clé
demeure évidemment la
volonté politique…. La formation d’un CEP acceptable et crédible lancerait
un signal important de volonté politique de la part de la classe politique
en Haïti.
Le volet de la sécurité occupe maintenant la majeure partie des travaux
de la Mission. Dans ce domaine, la Mission a récemment connu une expansion
rapide…. Les améliorations prendront du temps et exigeront une volonté
politique considérable de toutes les parties.
Il convient d’ajouter une observation faite par le Secrétaire Général plus
tôt dans son Rapport : « Les conseillers techniques….agissent comme
conseillers, mentors, formateurs et observateurs vis-à-vis … la PNH…. Ils se
réunissent également avec d’autres éléments de l’administration locale et de
la société à divers niveaux…. Les conseillers techniques aident à la
planification des opérations, mais ne participent pas aux processus de prise
de décisions par les Haïtiens. Ils ne jouissent pas d’autorité légale pour
ce qui est du respect de la loi en Haïti. Par conséquent, ils
n’interviennent pas directement en tant qu’officier de police : par exemple,
ils n’effectuent pas d’arrestation ou ne patrouillent pas les rues et les
quartiers. Ils ne commandent pas ou ne dirigent pas la PNH. » Je dois
ajouter que dans le moment nous avons 24 conseillers techniques dans ce
domaine (35 en tout). Nous espérons embaucher d’autres lorsque le
financement nous le permet.
Finalement, pour les prochains pas. Lors de la session du Conseil Permanent
du 19 novembre passé, l’Ambassadeur Einaudi a noté que la prochaine session
du CP aura lieu le 3 décembre. L’Ambassadeur a fait remarquer qu’il n’y
avait pas encore de projet de texte traitant de la situation en Haïti. Donc
les États membres et les observateurs sont en train de se préparer, en
consultation entre eux, pour une discussion sur le fond, et les décisions
nécessaires.
Port-au-Prince, le 24 novembre 2003
|