OMMUNIQUÉ DE PRESSE
Nº 19/04
LA COMMISSION INTERAMÉRICAINE DES DROITS DE L’HOMME COMPLÈTE SA VISITE EN
HAÏTI
La Commission interaméricaine des Droits de l’Homme (CIDH) vient de
compléter une visite en Haïti à l’invitation du Gouvernement de ce pays.
Cette visite eut lieu du 1er au 3 septembre 2004. La délégation de la CIDH
était composée de Clare K. Roberts, premier vice-président et rapporteur
pour Haïti ; Brian Tittemore, Spécialiste principal en Droits de l’Homme ;
Bernard Duhaime, membre associé du personnel de l’OEA et professeur de droit
à l’Université du Québec à Montréal ; Candis Hamilton, avocate consultante
de la CIDH et Julie Santelices, assistante administrative.
Il s’agissait de la première visite de la CIDH en Haïti depuis la violence
qui eut lieu en Haïti au début de 2004 et qui mena au départ de l’ancien
Président Aristide et à la mise sur pied du présent gouvernement de
transition. Par conséquent, la Commission, dans le cadre de sa visite, a
tenté d’obtenir des informations concernant l’état de protection des Droits
de l’Homme en Haïti depuis ces événements.
Prenant en considération l’information obtenue, la Commission demeure
préoccupée par le fait que plusieurs secteurs des Droits de l’Homme des
Haïtiens sont affaiblis et menacés. La CIDH espère cependant que le
gouvernement, en collaboration avec la communauté internationale, saura
exploiter les circonstances présentes pour outre passer les difficultés du
passé et de cheminer vers un futur qui assurera pleinement la démocratie,
l’État de Droit et le respect des Droits de l’Homme.
Pendant son séjour en Haïti, la Commission a rencontré des représentants du
Gouvernement haïtien de transition, des membres de la société civile, de
même que des organisations internationales. La Commission s’est réunie avec
le Président de la République, M. Boniface Alexandre, le Premier Ministre,
M. Gérard Latortue, le Ministre des Affaires Étrangères et des Cultes, M.
Yvon Siméon, le Ministre de la Justice et de la Sécurité publique, M.
Bernard Gousse, le Ministre de l’Intérieur, M. Hérald Abraham, la Ministre
de la Condition féminine et des Droits de la Femme, Mme Adeline Magloire
Chancy, le Directeur général de la Police Nationale d’Haïti, M. Léon
Charles, ainsi que le Protecteur du Citoyen, M. Necker Dessables. La
Commission s’est également entretenue avec un grand nombre d’organisations
non gouvernementales présentant des points de vue différents, avec des
associations d’avocats, et de juges et de magistrats. La Commission s’est
aussi réunie avec le Chef de la Mission des Nations Unies pour la
Stabilisation d’Haïti (MINUSTAH), M. l’Ambassadeur Juan Gabriel Valdes,
d’autres représentants de la MINUSTAH, de même que des représentants du Haut
Commissariat des Nations Unies pour les Droits de l’Homme. De plus la
Commission a présenté un séminaire sur le Système interaméricain de
protection des Droits de l’Homme avec des fonctionnaires de divers
ministères et agences gouvernementales.
La Commission est particulièrement préoccupée par l’état de la sécurité en
Haïti où des groupes armés semblent se charger de la sécurité dans plusieurs
secteurs du pays où l’État n’assure pas la protection effective des
habitants de ces régions. La Commission rappelle que l’État a l’obligation
de garantir la sécurité de sa population et doit assurer le droit à la
protection judiciaire. La CIDH appelle l’État haïtien à prendre, en
collaboration avec la communauté internationale, les mesures urgentes
nécessaires au désarmement de ces groupes et au maintient de la sécurité du
peuple haïtien.
La CIDH est également préoccupée par les faiblesse de l’administration de la
justice, dont certaines existaient avant la mise sur pied du gouvernement de
transition, de même que par le persistant problème de l’impunité. Parmi les
lacunes qui continuent d’affliger le système judiciaire il faut noter un
manque de ressources pour les juges, les magistrats, les tribunaux et la
police, de même que des violations fréquentes du droit aux garanties
judiciaires, dont des instances de détention préventive prolongée
d’individus sans que ceux-ci soient amenés devant un juge. Par ailleurs, la
Commission fut informée pendant sa visite que les forces policières sont
constituées d’environ 3000 agents pour une population totalisant plus de 8
millions d’habitants. La CIDH fut également informée que le gouvernement
prévoit, à court et long terme, recruter et former plusieurs policiers
supplémentaires. De plus, il fut indiqué à la Commission que les juges et
les magistrats avaient obtenus des augmentations de salaire et que, bien que
ces augmentations puissent être insuffisantes, ces mesures constituent un
premier pas vers l’amélioration de l’administration de la justice dans le
pays.
Des allégations ont été présentées devant la Commission concernant le
traitement d’individus particuliers par le système judiciaire haïtien, dont
le procès d’anciens paramilitaires et policiers pour le meurtre d’Antoine
Izméry, et dont l’arrestation et la détention d’anciens ministres du
gouvernement antérieur, dont M. Yvon Neptune et M. Jocelerme Privert, que la
Commission a rencontrés pendant sa visite. À ce sujet la Commission tient à
réitérer ses préoccupations exprimées antérieurement dans le précédant
communiqué de presse de la CIDH No. 17-04 portant sur l’obligation du
gouvernement de mettre fin à l’impunité par l’entremise de procédures qui
sont conformes aux standards internationaux, de même que par le respect du
droit de toute personne aux garanties judiciaires et du droit d’être entendu
par un juge ou tribunal compétent, impartial et indépendant, sans
discrimination de toute sorte.
En lien avec les faiblesses de l’administration de la justice en Haïti est
le persistant problème de l’impunité liée aux violations passées des Droits
de l’Homme. La Commission continue de recevoir, dans certains cas, des
rapports portant sur le manquement des autorités à leur obligation
d’enquêter, d’instruire en justice et de sanctionner les violations des
Droits de l’Homme, et, dans d’autres cas, des rapports portant sur
l’initiation de poursuites pénales pour des raisons inappropriée ou
politiques. En ce qui concerne ces allégations, la Commission désire
réitérer l’importance du droit de toute personne aux garanties judiciaires
et du droit d’être entendu par un juge ou tribunal compétent, impartial et
indépendant, sans discrimination de toute sorte, dont celle fondée sur les
opinions politiques.
De plus, la Commission a reçu des informations et des rapports alléguant la
perpétration d’actes de violences contre des individus en raison de leur
affiliation ou de la perception de leur affiliation avec l’ancien président
et son parti politique, particulièrement pendant la période qui a
immédiatement suivi le départ de celui-là. La CIDH a également reçu des
informations relativement à des actes de violence qui, selon ces
allégations, auraient été commis par des sympathisants du président
précédent, dont un récent incident pendant lequel le Secrétaire d’État aux
Affaires étrangères de la France fut attaqué lors de la visite d’un hôpital
à Cité Soleil. À ce sujet, la Commission désire souligner l’obligation de
l’État d’enquêter les allégations sérieuses de cette nature et, lorsque
établies, de poursuivre et punir les responsables.
La CIDH fait également part de ses sérieuses préoccupation relativement à
des allégations de violations des droits humains perpétrées contre des
personnes appartenant à des groupes particuliers, dont les femmes, les
enfants et les défenseurs des Droits de l’Homme. Selon l’information reçue,
le viol de femmes et de jeunes filles commis par des groupes armés et des
bandits, parmi tant d’autres, constitue toujours un problème sérieux en
Haïti. Il est également allégué que des enfants ont été victimes de travail
forcé, d’enlèvements et de violence perpétrée par des groupes armés. La CIDH
réitère la nécessité que l’État prenne des mesures concrètes pour éviter ce
type de comportement, dont l’enquête, l’instruction judiciaire effective et
la poursuite de plaintes portant sur ce type d’actes. Par ailleurs, le
Ministère de la condition féminine a informé la Commission de ses efforts
pour encourager des initiatives de réforme judiciaire relativement aux
besoins des femmes, dont la proposition de faire du viol un crime en vertu
du droit haïtien, de même que des efforts pour encourager le développement
des groupes de femmes dans les régions d’Haïti.
Une fois de plus, la Commission a pris note des problème fondamentaux liés à
la pauvreté extrême, au haut taux d’analphabétisme et de malnutrition qui
continuent de priver les Haïtiens de leurs droits économiques, sociaux et
culturels et, en même temps, d’exacerber les conséquences de la négation des
droits civils et politiques. La CIDH reconnaît que ceci constitue un défi
considérable pour l’État haïtien et appelle l’État, en coopération avec les
tous les secteurs de la société et avec l’appui de la communauté
internationale, à mettre sur pied et à appliquer un plan de développement
qui répondra aux besoins économiques et sociaux fondamentaux de chaque
Haïtien.
Finalement, bien qu’elle considère que la République d’Haïti continue de
faire face à de sérieux problèmes relatifs à la protection des Droits de
l’Homme, la CIDH met fin à sa visite avec de grands espoirs pour la
population haïtienne. Lors de leurs rencontres avec la Commissions, les
représentants du gouvernement de transition ont exprimé leur ferme intention
de faire de la protection des droits humains un point central de leur
travail. Par exemple, le Premier Ministre a indiqué à la CIDH qu’il voulait
mettre fin à la pratique selon laquelle les fonctionnaires gouvernementaux
haïtiens peuvent être empêchés de quitter le pays sans autorisation.
La Commission insiste sur l’importance des élections en Haïti prévues pour
2005, qui permettront d’établir une plus grande stabilité pour l’avenir du
pays. En ce qui concerne ce défi de même que tous les autres auxquels le
peuple haïtien fait face, la Commission appelle la communauté internationale
à fournir l’appui et l’assistance nécessaire pour permettre au Haïtiens
d’outre passer les difficultés du passé et de cheminer vers un futur qui
assurera pleinement la démocratie, l’État de Droit et le respect des Droits
de l’Homme.
La Commission exprime sa gratitude pour l’hospitalité, la participation, la
coopération et les installations fournies par le Gouvernement haïtien et les
organisations non gouvernementales, les institutions de la société civile et
les organisations internationales, notamment la Mission spéciale de l’OEA,
dans le cadre de cette visite.
Washington, D.C., 7 septembre 2004.
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