Conférence prononcée par David Lee
Chef de la Mission Spéciale de l'OEA en Haïti au
«Forum Libre du Jeudi»[1]

le 3 juillet, 2003

LE ROLE DES ORGANISATIONS INTERNATIONALES DANS LA RESOLUTION DES CONFLITS POLITIQUES

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Je dois vous dire combien il me fait plaisir de revenir dans cette salle sous l’égide du Centre Pétion Bolivar à l’invitation de Monsieur Arnold Antonin pour m’adresser à un auditoire aussi distingué.  Il me fait également plaisir de partager ce podium avec des panélistes aussi éminents.  J’apprécie de me retrouver aux cotés du Représentant Résident du programme des Nations Unies en Haïti, Adama Guindo, ce qui me donne l’occasion de souligner la coopération de notre Organisation avec les Nations Unies.  C’est quelque chose que j’avais encouragé il y a quelques années alors que je me trouvais de l’autre côté, celui des Nations Unies.  Maintenant j’ai changé de chapeau et je peux me rendre compte que même du point de vue régional cela reste une bonne idée !

Le sujet qu’il m’a été demandé de traiter est d’une grande importance.  Il est très vaste et il y aurait beaucoup à dire à cet égard.  Le temps qui m’est imparti pour ma présentation étant limité, je vais donc être très sélectif, quitte à revenir avec d’autres éléments plus tard au cours des débats.  D’abord quelques remarques en guise d’introduction.

 

Introduction

 

·        Les conflits politiques sont avant tout des questions internes à  chaque pays.

 

La gestion des affaires de tout pays quelque soit sa taille, son mode d’organisation politique ou son degré de développement économique est une entreprise complexe qui comporte des multiples occasions de voir surgir des conflits plus ou moins graves.  Dans une démocratie moderne le fait même de l’existence d’un groupe majoritaire conduisant la politique de la nation et d’une opposition ayant une vision différente de la manière de gérer les affaires de l’état, suppose des prises de positions antagoniques qui peuvent dégénérer en conflits politiques.  Ces conflits sont avant tout des questions d’ordre interne et la constitution et les lois de chaque pays prévoient les mécanismes permettant

normalement d’aboutir à leur règlement de manière satisfaisante.  Parfois les conflits finissent par trouver une solution avec le temps qui passe.

 

·        Par définition leurs solutions sont de la compétence des organisations politiques et des acteurs sociaux au niveau national.

 

La mise en œuvre des mécanismes légaux ou constitutionnels et le déclenchement des procédures institutionnelles de règlement des différends politiques sont de la compétence des organisations politiques et des acteurs sociaux à l’intérieur de chaque pays.

 

·        Tous les types de conflits politiques ne nécessitent pas d’intervention extérieure pour leur solution.

 

Si dans un pays donné les institutions démocratiques fonctionnent bien et que les conflits politiques sont résolus sur le plan national selon les normes légales et constitutionnelles, il n’y a aucune justification ni de raison pour une quelconque intervention d’une organisation internationale ou régionale.  La question de l’intervention extérieure ne pourra éventuellement se poser que si un, deux ou plusieurs des protagonistes du conflit refusent l’application des solutions institutionnelles prévues dans de telles situations.  Dans ce cas il n’y a plus de recours ni de moyens pacifiques de résoudre le problème au niveau national.  On quitte alors le domaine du simple conflit politique pour rentrer dans une véritable crise politique.  C’est la démocratie elle-même qui peut être mise en cause, et de nos jours, ce simple fait justifie que les organisations internationales ou régionales s’en préoccupent et envisagent la mise en route des procédures prévues à cet égard dans les conventions et les traités internationaux.  Il existe actuellement de nombreux instruments internationaux qui établissent les critères  et les mécanismes d’intervention des organisations internationales.

 

Critères et mécanismes d’intervention des Organisations Internationales

 L’exemple de l’Organisation des États Américains.

 

Je veux tout d’abord souligner une différence capitale qui existe entre une organisation régionale comme l’Organisation des États Américains dont je vais vous parler et une instance universelle comme l’Organisation des Nations-Unies.  À l’OÉA, nous n’avons pas comme à l’ONU un organe décisionnel comparable au Conseil de Sécurité et nous ne disposons pas non plus de l’équivalent des dispositions du chapitre VII de la Charte des Nations-Unies qui autorisent dans certaines circonstances l’utilisation collective de la force.  Donc nous devons agir avec l’aval d’un état.  Contrairement à l’ONU et aux prérogatives que lui accordent le chapitre VII, nous ne pouvons pas intervenir dans les affaires d’un état contre sa volonté et nous ne pouvons pas non plus recourir à la force armée pour le contraindre au respect de ses engagements.  Il s’agit là d’une différence très importante.

 

Le rôle que peuvent jouer les organisations internationales ou régionales dans la résolution des conflits politiques est strictement réglementé par le droit international.  Les relations internationales concernent des états indépendants qui sont, pour diverses raisons historiques, très jaloux de leur souveraineté.  Avec la mondialisation, cette notion ou plutôt cette réalité a perdu un peu de son actualité et de sa consistance, même si elle reste un élément fondamental dans les rapports entre les états souverains.  Le temps où des dictateurs pouvaient tranquillement bafouer les droits les plus élémentaires de leurs concitoyens ou les massacrer dans l’indifférence générale, à l’abri de leurs frontières, est révolu, heureusement.  Mais il faut cependant avoir constamment à l’esprit que l’action des organisations internationales se fonde sur les prérogatives et le mandat que leur confie les états membres qui acceptent certains abandons de souveraineté dans les domaines précisés dans les textes.

 

Cadre conventionnel d’intervention de l’Organisation des États Américains dans la résolution des conflits politiques.

 

Le système interaméricain est historiquement encore plus marqué que d’autres instances régionales dans le reste du monde, par le principe de la non-intervention dans les affaires internes des états membres.  Dès l’article premier de la Charte de l’Organisation des Etats Américains, l’accent est mis sur la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’indépendance, et aussi sur l’interdiction pour l’organisation hémisphérique d’intervenir dans les questions relevant de la juridiction interne des États membres.  Dans le même temps, l’article 2b fixe entre autres objectifs à l’OÉA celui d’encourager et de consolider la démocratie représentative dans le respect du principe de non-intervention.

 

Ce principe est renforcé par l’article 19 de la Charte de l’OÉA qui stipule : « Aucun État ou groupe d’États n’a le droit d’intervenir directement ou indirectement, pour quelque motif que ce soit, dans les affaires intérieurs ou extérieures d’un autre État.  Le principe précédent exclut l’emploi, non seulement de la force armée, mais aussi de toute forme d’ingérence ou de tendance attentatoire à la personnalité de l’État et aux éléments politiques, économiques et culturels qui la constituent ».

 

La Charte Démocratique Interaméricaine

 

Cependant il existe depuis peu un nouvel instrument, la Charte Démocratique Interaméricaine (CDI).  Adoptée le 11 septembre 2001, date devenue mémorable aussi pour d’autres raisons, elle est venue tempérer les rigueurs du principe de non-intervention en mettant à la charge de l’OÉA l’obligation de maintenir, de supporter, de renforcer et de défendre la démocratie dans l’Hémisphère Occidental.  La CDI débute par l’affirmation péremptoire suivante : Les peuples des Amériques ont droit à la démocratie et leurs gouvernements ont pour obligation de la promouvoir et de la défendre.

 

Elle poursuit à l’article 3 en indiquant au nombre des composantes essentielles de la démocratie représentative, entre autres, le respect des droits de la personne et des libertés fondamentales, l’accès au pouvoir et son exercice assujetti à l’État de droit, la tenue d’élections périodiques, libres, justes et basées sur le suffrage universel et secret, à titre d’expression de la souveraineté populaire, le régime plural de partis et d’organisations politiques, ainsi que la séparation et l’indépendance des pouvoirs publics.

 

L’OÉA au service du renforcement et de la préservation de la démocratie institutionnelle

 

J’aimerais passer brièvement en revue quelques articles de ce document récent qui constitue une avancée notable pour l’Organisation et reste un acte important pour l’hémisphère.  De ce fait il mérite d’être connu du plus grand nombre[2].

 

La Charte consacre son chapitre IV en totalité aux actions que doit entreprendre l’Organisation en vue du renforcement et de la préservation de la démocratie institutionnelle.

 

·        Critères d’intervention de l’Organisation des Etats Américains 

 

Dans sa démarche pour encourager un État membre à obtempérer, l’Organisation privilégie les pressions diplomatiques, les bons offices, la médiation et peut même aller jusqu’à une suspension (une action « négative »)--le tout dans le respect de la souveraineté des États membres.

 

a)      Actions avec le consentement du gouvernement concerné

 

L’OEA a pour obligation de s’intéresser à toutes les situations politiques internes de ses membres qui sont susceptibles de perturber l’ordre démocratique.  Elle peut être saisi de deux manières soit par le gouvernement de l’État membre dans lequel la démocratie est menacée qui peut demander une assistance à l’organisation, soit par un autre État membre qui peut alerter le Secrétaire Général ou le Conseil Permanent. 

 

1.      Saisine directe par l’État membre concerné

 

L’article 17 stipule : lorsque le gouvernement d’un État membre qui estime que son processus politique institutionnel et démocratique ou son exercice légitime du pouvoir sont en péril peut recourir au Secrétaire général ou au Conseil permanent pour rechercher une assistance en vue du renforcement et de la préservation de la démocratie institutionnelle.  C’est une première formule qui permet à un État dont le système démocratique est menacé, de solliciter de son plein gré l’aide de l’organisation pour remédier à la situation.

 

2.      Saisine indirecte par un membre de l’organisation

 

L’article 18 constitue un deuxième mode de saisine où c’est plutôt un membre de l’organisation qui considère qu’il y a des problèmes dans autre État.  Et là on prévoit certaines mesures pouvant être prise par l’organisation avec le consentement du gouvernement concerné.  Par exemple réaliser des visites ou entreprendre d’autres démarches en vue de procéder à une analyse de la situation.  Par la suite le Secrétaire général doit soumettre un rapport au Conseil permanent qui doit effectuer une évaluation collective de la situation pour adopter, le cas échéant, les mesures propres à la préservation et au renforcement de la démocratie institutionnelle.  Donc là il y a une phase d’appui fourni par l’organisation à son initiative, mais avec l’aval du pays concerné.

 

 

 

b)      Interruption inconstitutionnelle de l’ordre démocratique.

 

Les articles 19, 20 et 21 de la CDI, tout en faisant référence aux principes contenus dans la Charte de l’OEA, dans la Clause démocratique figurant dans la Déclaration de Québec, pratiquent, au nom de la défense de l’ordre démocratique, une brèche dans le principe de non-intervention si chère aux états membres. 

 

Le critère de saisine des institutions hémisphériques n’est pas seulement l’interruption inconstitutionnelle de l’ordre démocratique, une altération de l’ordre constitutionnel qui menace l’ordre démocratique peut suffire pour justifier la mise en branle des mécanismes de la CDI.

 

·        Moyens d’action de l’OÉA

 

a)      Interdiction temporaire de participer aux travaux des organes de l’OÉA

 

L’article 19 parle d’une situation importante et ça indique le point auquel l’organisation peut aller pour s’insérer d’une certaine façon dans les affaires internes.  Il dit ceci : Sur la base des principes énoncés dans la Charte de l’OÉA et sous réserve des normes de celle-ci, et conformément à la Clause démocratique figurant dans la Déclaration de Québec (lors du Sommet des Amériques qui s’y est tenu), l’interruption inconstitutionnelle de l’ordre démocratique ou l’altération de l’ordre constitutionnel (deux critères cruciaux) qui menace sérieusement l’ordre démocratique dans un État membre de l’OÉA, constitue, tant que dure la situation, un obstacle insurmontable à la participation de son Gouvernement aux sessions de l’Assemblée générale, de la Réunion de consultation des ministres des relations extérieures, des conseils de l’organisation et des conférences spécialisées, commissions, groupes de travail et autres organes de l’OÉA.  Donc ça met dans un certain sens un tel pays au ban de l’Organisation. 

 

b)      Mesures jugées appropriées prises par l’Assemblée Générale

 

Selon l’article 20 le Conseil permanent se réunit à la demande d’un État membre ou du Secrétaire Général pour évaluer la situation.  Si ses démarches diplomatiques et ses bons offices se révèlent infructueuses, il convoque une Session extraordinaire de l’Assemblée générale pour qu’elle adopte les décisions  qu’elle juge appropriées.  Bien entendu, tout au long du processus, les démarches diplomatiques doivent continuer en vue de promouvoir la normalisation de la démocratie institutionnelle.

 

c)      Suspension de l’État membre concerné

 

L’article 21 pour sa part stipule : Lorsque l’Assemblée générale, réunie en Session extraordinaire, vérifie qu’il y a eu une interruption inconstitutionnelle de l’ordre démocratique dans un État membre et que les démarches diplomatiques se sont révélées infructueuses, à la lumière de la Charte de l’OÉA, elle décidera de la suspension de l’exercice par cet État membre de son droit de participation à l’OÉA, par le vote affirmatif des deux tiers des Etats membres.  La suspension prend effet immédiatement.

 

L’État membre frappé de suspension doit continuer à ses obligations en qualité de membre de l’organisation, notamment en ce qui concerne les droits de l’homme.

 

Une fois adoptée la décision de suspension d’un gouvernement, l’Organisation poursuit ses démarches diplomatiques en vue du rétablissement de la démocratie dans l’État concerné.

 

Enfin l’article 22 parle de la façon de rétablir les relations suspendues, et là aussi par un vote des deux tiers des États membres.

 

Cette manière de faire tout à fait nouvelle dans l’hémisphère, c’est un changement notable, mais encore une fois il ne s’agit pas d’une intervention et ce n’est pas comparable à ce qui est prévue en faveur du Conseil de Sécurité par le chapitre VII de la Charte des Nations-Unies.  Cela représente une sorte de sanction négative, une suspension qui empêche l’État de participer.  Mais on n’envoie pas de forces militaires ni des policiers dans l’État concerné sans son approbation.  C’est à ce niveau que se situe toute la différence.

 

 

Actions de l’OÉA en faveur du renforcement et de la préservation de la démocratie institutionnelle dans les conflits politiques au Venezuela et en Haïti

 

Dans la période récente l’OÉA a été confrontée à deux situations où la démocratie se trouvait menacée dans des États membres. Pour illustrer mon propos je vais donc parler brièvement de l’intervention de l’OÉA dans les conflits politiques du Venezuela et d’Haïti.

 

Le cas du Venezuela

 

En ce qui concerne le Venezuela on a eu tout récemment un accord facilité par le Secrétaire général de l’OÉA.  « Faciliter » veut dire que le rôle clé a été joué par les vénézueliens.  On a eu besoin d’une invitation de la part des parties prenantes de ce pays, le gouvernement mais aussi l’opposition.  On l’a obtenue.  En tant que facilitateur, on a préparé en concertation avec les différents acteurs vénézueliens un document dit de synthèse opérationnelle.  Il s’agissait d’un cadre agréé par tout le monde, un forum pour les négociations, un espace commun où l’on pouvait discuter de toutes les questions relevant de cette affaire et même quand il y avait des difficultés, et il y en avait.  Vous avez certainement entendu parler de cette fameuse grève, la situation était très tendue mais on a pu trouver dans cet espace, un endroit où tout le monde était présent et où l’on pouvait discuter de tout à la lumière bien sûr de la synthèse opérationnelle.  Après la grève, on a pu se mettre d’accord sur une déclaration contre la violence.  C’était important dans la situation du Venezuela et je pense avec certains échos dans un autre pays de l’hémisphère. 

 

Les facilitateurs ont produits des documents de travail à la demande des acteurs et qui ont abouti sur un accord final.  Dans ce contexte, il y avait deux autres éléments clés.  Le groupe des pays amis a joué un rôle d’encouragement et d’accompagnement tout au long du processus et la reconnaissance par les acteurs vénézueliens de l’applicabilité au Venezuela de la Charte démocratique a aussi été très importante afin de trouver les principes de base pour l’accord final et le modus operandi dans différents domaines tels le développement.

 

Ce modèle offre quelques espoirs, je pense, pour démontrer la façon dont l’Organisation régionale peut agir dans une situation qui était très tendue il y a un an, où avec l’invitation et l’accord des parties on a pu arriver à un accord.  Dans ce cas les démarches diplomatiques et les bons offices de l’Organisation ont suffi pour parvenir à une solution.

 

Le cas d’Haïti

 

Dans la crise politique issue des élections du 21 mai 2000, l’OEA a joué et continue de jouer pleinement le rôle que lui confèrent les traités en vigueur.  Elle a, comme le veulent les conventions et comme l’ont décidé les états membres, effectué des visites sur place, entrepris des démarches diplomatiques, offerts ses bons offices, obtenu des avancées significatives lors des discussions entre les protagonistes de la crise, adopté des résolutions et tout mis en œuvre pour aboutir à une normalisation de la démocratie institutionnelle en Haïti.

 

Dans la situation d’Haïti l’OÉA a joué un rôle de facilitateur très intéressant depuis l’année 2000 à l’invitation de ce pays et avec l’appui des autres acteurs.  Je pense que l’on peut compter cinq périodes dans cette négociation. Vous êtes tous très au courant de la situation, donc je n’ai pas besoin d’entrer dans les détails. 

 

Du mois d’août 2000 au mois de juin 2001, on a pu commencer à explorer le terrain--jusqu’à la résolution 1831 de l’Assemblée générale de juin 2001.  Après quoi on est rentré dans des négociations très serrées et fructueuses qui ont fait penser que l’on était sur le point d’avoir un accord entre les partis politiques.  Malheureusement les évènements de fin juillet 2001 ont interrompu les négociations et on n’a pu reprendre le fil qu’en octobre de la  même année. 

 

C’est donc à partir d’octobre 2001 la troisième phase des négociations.  On est arrivé une fois de plus au point où on a pu dégager un document de synthèse, un projet d’accord.  Malheureusement encore une fois les évènements du 17 décembre sont intervenus et le processus a été interrompu.  

 

Par la suite de janvier à juillet 2002 on a agi sur la base de la résolution 806, avec encore une fois des efforts de négociations et d’autres actions par l’Organisation hémisphérique y compris une commission d’enquête sur les évènements du 17 décembre, un conseil consultatif sur les réparations à donner aux victimes et l’établissement de la Mission Spéciale. 

 

Malheureusement ces négociations n’ont pas abouti et on a donc adopté au sein de l’Organisation la résolution 822 dont on a beaucoup parlé dans la presse et dans le public ici.  Suite à cette résolution on a essayé de mettre en place le Conseil Électoral Provisoire pour la tenue d’élections dans ce pays afin de rétablir le processus démocratique et ouvrir la voie à un développement économique et social. 

 

Ce processus n’a pas abouti malheureusement et en mars de cette année on a eu la visite de la délégation de haut niveau qui a fait certaines suggestions tant au gouvernement, qu’aux partis de l’opposition et à la société civile.  Cette visite a été suivi par l’adoption d’une résolution de l’Assemblée générale à Santiago, résolution qui a demandé au Secrétaire général de faire deux choses additionnelles, d’une part de voir s’il est possible de trouver les moyens de faire recommencer un dialogue entre les parties et d’autre part de faire à la fin de cet été une évaluation de la capacité de la Mission Spéciale de remplir son mandat dans la situation existante dans le pays et avec les fonds fournis.   On en est là : on essaie de voir s’il est possible de faire recommencer un dialogue entre les acteurs et de toute façon de faire une évaluation de la situation pour donner au Conseil permanent les éléments pour prendre les décisions qui s’imposent au mois de septembre.  

 

Conclusion

 

Que faut-il attendre des organisations internationales dans la résolution de la crise politique haïtienne ?

 

Pour éviter toute déception, ceux qui analysent le rôle de l’OEA et des autres organisations internationales doivent avoir à l’esprit que :

 

·        Les relations internationales sont fondées sur le respect de la souveraineté des états, qu’ils soient petits ou grands.

·        Le principe de la non-intervention reste un élément incontournable dans les relations internationales en général et plus particulièrement dans notre hémisphère.

·        L’un des buts principaux de l’OEA est actuellement la promotion et le renforcement de la démocratie représentative.

·        Le rôle de l’OEA l’oblige à accomplir sa mission dans cette tension permanente entre l’obligation d’œuvrer pour la promotion, la défense, le renforcement de la démocratie et la nécessité de préserver les principes de souveraineté et de non-intervention si chers aux pays de l’Amérique Latine et si âprement défendus par eux tout au long de leur histoire.

·        L’intervention de l’OEA dans la résolution d’un conflit dépend de l’importance qu’accordent les états membres à la question et des décisions qu’ils adoptent en vue d’y apporter une solution.

·        Dans ses prises de décisions l’OEA est soumise à des contraintes comme les luttes politiques à l’intérieur de l’organisation, les règles de vote etc.

·        L’OEA n’est pas l’ONU.  Elle n’a pas les mêmes critères d’intervention et ne dispose pas des mêmes mécanismes de coercition.

·        L’OEA n’a pas conventionnellement le droit de recourir à la force pour imposer le respect de ses décisions.

 

Pour finir je voudrais souligner que la mission ni de l’OEA ni d’aucune autre organisation internationale ne saurait être de résoudre les conflits politiques à la place des nationaux.  Son rôle est de les accompagner et de faire son possible pour encourager la création d’un climat de confiance entre les parties : y compris le gouvernement, les partis de l’opposition, les secteurs organisés de la société civile, afin de parvenir à la solution la plus satisfaisante pour la nation.

 

 

Merci beaucoup

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    ANNEXE

CHRONOLOGIE DES ACTIONS DE L’OEA

 

 

·        Les Résolutions du Conseil Permanent CP/RES.772 du août 2000 et CP/RES.786 du mars 2001 ont donné mandat au SG et SG Adjoint pour entamer un processus de consultations, de dialogue et de négociations afin d’encourager les parties haïtiennes à trouver une solution à la crise politique en Haïti issue des élections législatives, municipales et locales tenues en mai  2000.

 

·         Entre octobre 2000 et mai 2001, le SG Adjoint a réuni, face à face, les principaux protagonistes pour des discussions et négociations.  Ces derniers sont arrivés à une entente sur quelques points soulevés, notamment sur la question de sécurité.

 

·        En mai 2001, une mission d’OEA-CARICOM est venue en Haïti dans le but de faire avancer le processus. 

 

·        Président Aristide a adressé une lettre au Président de l’AG contenant 5 propositions pour “favoriser une fin à cette situation”, et a sollicité l’appui de la communauté internationale dans cette initiative. 

 

·        L’AG a pris note des propositions comme base de négociations et a approuvé la résolution AG/RES.1831 visant à accélérer le processus et à aboutir à “un accord global entre le GOH, les partis politiques, la société civile et d’autres institutions concernées de la société Haïtienne.” 

 

·        Le SG et son adjoint ont essayé d’établir un climat de confiance en travaillant étape par étape pour arriver à la signature d’un accord initial.

 

·        Les principales propositions de l’accord initial consistaient en la formation d’un conseil électoral crédible et en une série de mesures à adopter pour créer un climat favorable à la tenue d’élections acceptables.  

 

·        L’OEA est rendu en Haïti en juin et en juillet 2001 pour encourager le dialogue conformément à cette démarche.  FL et CD ont réalisé une percée en se mettant d’accord sur une formule pour l’établissement d’un nouveau CEP.

 

·        L’OEA a entamé une nouvelle reprise des négociations à Port-au-Prince en juillet 2001 durant laquelle un accord fut trouvé sur les points suivants:

 

(a)   le rôle et le comportement de la Police dans le processus électoral;

 

(b) l’établissement, les fonctions et le modus operandi d’une Commission de Garanties Electorales;

 

(c) les affaires relatives au complément de personnel et à la gestion administrative du CEP;

 

(d) la normalisation des relations entre Haïti et les institutions financières internationales.  

 

·        En dépit des progrès substantiels (principalement une concession de FL pour refaire les élections de mai 2000) le SG et le SG Adjoint n’ont pas pu arriver à un consensus à cause de profondes divergences sur le calendrier des prochaines élections et le statut qu’auraient les collectivités territoriales, élues lors des élections du 21 mai 2000, durant la période entre la signature d’un accord et la date de ces nouvelles élections.

 

GARANTIES ADDITIONNELLES

·        Le 28 juillet 2001, des hommes armés ont attaqué l’Académie de Police et trois commissariats.  Cinq policiers furent tués et 14 autres blessés.  L’incident a créé un nouveau climat de méfiance dans la classe politique.  L’opposition s’en est servie pour demander des garanties additionnelles ou un renforcement des mécanismes de surveillance ou de vérification dans l’accord initial.

 

GROUPE DE PAYS AMIS

·        Conformément à une disposition de la Résolution 1831, un Groupe de Pays Amis d’Haïti pour l’épauler dans ses efforts à résoudre la crise dans le pays.  Le Groupe était composé des pays suivants: Argentine, Bahamas, Belize, Canada, Chili, République Dominicaine, France, Guatemala, Allemagne, Mexique, Norvège, Espagne, Etats-Unis d’Amérique et Venezuela.  Entre plusieurs fonctions, le Groupe de Pays Amis agit en qualité de conseillers informels auprès du SG et l’aide à présenter les vues et perspectives de sortie de crise.  Ce groupe apporte aussi son assistance dans de nombreuses activités relevant explicitement du mandat de la Résolution telles que le renforcement de la démocratie, la promotion des droits humains et le développement socio-économique d’Haïti.

 

PROPOSITION DE COMPROMIS

·        Le SG Adjoint a conduit une autre mission en Octobre 2001, pour faire avancer le processus sur trois points:

(a) la date des élections

(b) le calendrier de départ des officiels en place

(c) le climat favorable à des élections crédibles. 

 

·        Lorsque la délégation n’est pas arrivée à trouver un consensus, L’OEA a préparé, sur la recommandation des Pays Amis quelques propositions de compromis devant être présentées aux deux parties en Haïti.  Les propositions ont été insérées dans un document intitulé “ÉLÉMENTS D’UNE PROPOSITION DE COMPROMIS”

 

INSÉCURITÉ 

·        En décembre 2001, l’Ambassadeur Einaudi a présenté le document aux deux parties en Haïti.  Cependant, les pourparlers se sont déroulés dans une atmosphère morose à cause d’un climat d’insécurité, d’une méfiance réciproque et de récriminations à la suite de l’assassinat de Brignol Lindor par une populace apparemment liée à FL.  La CD a fait écho aux accusations générales portées contre le maire de la ville de Petit-Goâve. Ce maire avait, seulement quelques jours plus tôt, proféré publiquement des menaces sur la vie de ce journaliste.

 

·        Le comportement des élus locaux dans le contexte des négociations est extrêmement important.  L’incident a durci l’attitude de la CD qui a insisté pour obtenir le départ de ces officiels avant les prochaines élections.

 

RÉSOLUTION 806 DU CONSEIL PERMANENT 

 

·        En janvier 2002, le CP a évaluer la détérioration du climat de sécurité en Haïti après que le Palais été l’objet d’une attaque durant les premières heures du 17 décembre 2001 qui a été suivie d’attaques violentes sur les maisons et quartiers généraux de leaders de l’opposition. 

 

·        Le CP a approuvé la CP/RES/ 806 donnant ainsi un nouveau mandat au SG. Elle décida la mise sur pied d’une Mission Spéciale pour aider Haïti à renforcer ses institutions démocratiques. 

 

·        De plus, plusieurs institutions connexes ont été créées ou ont eu pour rôle d’aider à l’application du mandat de la Rés.:

 

(a) une Commission d’Enquête sur les incidents violents du 17 décembre 2001 et des jours suivants en Haïti;

(b) un Comité Consultatif pour les Dédommagements des victimes;

(c) des négociations menées par le SG  et le SG Adjoint pour résoudre la crise politique issue des élections législatives et municipales de mai 2000;

(d) la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme devait faire des rapports sur la situation des droits humains en Haïti;

(e) des mandats/responsabilités additionnels pour la Mission Spéciale à la conclusion des négociations politiques.

 

RÉSOLUTION 1841 DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE 

·        En juin 2002, L’AG a adopté résolution AG/RES.1841 qui a demandé, entre autres, au “GOH, aux partis politiques et à la société civile de donner leur plein support à la poursuite du dialogue, aux activités et recommandations de la Mission Spéciale, de la Commission d’Enquête et du Comité Consultatif pour les Dédommagements”.  Elle a aussi insisté sur l’urgence pour “le GOH et tous les partis politiques de reprendre, dans un esprit de compromis, les négociations pour arriver à une solution de crise et, tenant compte des prérogatives électorales constitutionnelles du GOH, d’établir un calendrier pour la tenue d’élections législatives et locales techniquement faisables qui seraient supervisées par un conseil électoral indépendant, crédible et neutre.”

 

RAPPORTS PRÉSENTÉS PAR DEUX INSTITUTIONS MANDATÉES DE LA RÉSOLUTION 806 

 

·        Ambassadeur Einaudi et le Ministre des Affaires Étrangères de Sainte Lucie, Julian Hunte, sont venus à Port-au-Prince en juin et juillet pour mener des consultations. 

·        Dans l’intervalle, entre ces deux visites, le Rapport de la Commission d’Enquête sur les Événements du 17 décembre 2001 avait été acheminé à tous les états membres et publié sur le site Web de l’OEA. 

·        Le Comité Consultatif pour les Réparations avait aussi achevé ses travaux et soumis au Comité Ministériel son rapport final concernant les Dédommagements des victimes qui avaient subi des pertes à la suite des événements.

 

NOUVELLE APPROCHE  Résolution 822

·        D’après l’évaluation des négociations, l’Ambassadeur Einaudi a conclu qu’une nouvelle approche était nécessaire.  Il a présenté au CP, pour examen et instructions, des propositions écrites par les deux principaux protagonistes dans les négociations - la FL et la CD. 

·        Le 4 septembre, le CP a approuvé la Résolution CP/RES.822 qui renforçait les acquis du mécanisme des négociations visant à mettre fin à la crise.  Cette résolution contenait également un nombre de dispositions de créer des conditions propices à des élections législatives et locales en 2003.

 

·        Obligations ou engagements pris par le GOH sont inter alia:

 

·        (a) la mise en place des recommandations de la Commission d’Enquête sur les violents incidents du 17 décembre 2001 et les recommandations du Comité Consultatif pour les Réparations aux victimes de la violence;

 

·        (b) le désarmement,

 

·        (c) l’application de la Résolution 806 et

 

·        (d) la formation, en collaboration avec un certain nombre d’autres secteurs, d’un Conseil Electoral Provisoire pour organiser et gérer “à une date en 2003 qui doit être fixée par le CEP, des élections législatives locales, libres, justes et techniquement faisables dans lesquelles tous les partis politiques peuvent participer librement et en toute sécurité”.

 

·        Obligations de la Mission Spéciale et de toute la communauté internationale et comportent incluse

 

(a) une disposition pour l’assistance technique au GOH dans plusieurs domaines;

(b) la normalisation des relations économiques avec les institutions financières internationales

(c) le support, le contrôle et les rapports sur l’application de la Résolution.

 

CONSULTATIONS POUR UN NOUVEAU CEP

 

·        La formation d’un CEP crédible, neutre et indépendant est un élément constitutif essentiel de la Résolution 822.  Entre septembre et novembre 2002 des consultations intenses, entre les entités appelées à désigner leurs représentants au CEP, ont eu lieu sur la formation de cette institution et les questions relatives à la sécurité pendant les élections.  Cependant et malheureusement les discussions n’ont pas abouti et le CEP n’a pas été formé.

 

VISITE DE LA DELEGATION DE HAUT NIVEAU DU 18 AU 20 MARS 2003

 

·        Réunion du 30 mars 2003 du CP sur les engagements pris par le gouvernement haïtien.

·        Réunion du 30 avril 2003 du CP sur l’attitude à tenir face au comportement du gouvernement haïtien.

·        Réunion de l’Assemblée Générale du 8 au 10 juin 2003 à Santiago du Chili au cours de laquelle le cas d’Haïti sera évoqué . 

 

RÉSOLUTION AG/1959 DU 10 JUIN DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE L’OÉA

 

  • Le Secrétaire Général doit encourager un dialogue parmi le Gouvernement d’Haïti, l’Opposition et la société civile.
  • Le Secrétaire Général doit faire une évaluation de la capacité de la Mission Spéciale de remplir son mandat dans les circonstances du pays et avec les fonds disponibles.

 

[1] Ce texte représente la version complète du discours, qui devait être abrégé lors de la présentation pour des raisons de temps.  Il a été complété par l’addition d’une annexe sur la Chronologie d’actions de l’OÉA vis-à-vis d’Haïti depuis 2000 jusqu’au 3 juillet 2003.

[2] Ceux qui veulent avoir accès à ce document peuvent consulter le site web de l’OÉA.  Des copies sont disponibles au bureau de l’organisation.

Port-au-Prince, le  3 juillet, 2003

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