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Discours prononcé par le Président du Conseil permanent le l'OEA, l'ambassadeur Miguel Ruiz Cabañas,
à la séance protocolaire tenue
pour accueillir le premier ministre du gouvernement d'Haïti

Washington 6 mai 2004

Son Excellence Monsieur le Premier Ministre du Gouvernement de transition de la République d’Haïti, Dr Gérard Latortue

Mesdames et Messieurs les Représentants permanents des Etats membres de l'OEA

Monsieur le Secrétaire général César Gaviria

Monsieur le Secrétaire général adjoint, Ambassadeur Luigi Einaudi

Mesdames et Messieurs les Représentants des pays Observateurs permanents

Mesdames et Messieurs

Au nom du Conseil permanent de l'Organisation des Etats Américains, je souhaite une cordiale bienvenue au Premier Ministre du Gouvernement de transition de la République d’Haïti, Gérard Latortue et à sa délégation officielle, à l’occasion de sa visite dans cette Maison des Amériques.

En réfléchissant sur cette visite, j’estime qu’il est opportun de souligner brièvement les circonstances qu'il convient de rappeler maintenant, bien qu'elles soient connues de tous les membres de ce Conseil.

Haïti a été la deuxième république à déclarer son indépendance dans notre Continent après les Etats-Unis. Haïti a rempli le rôle de pionnière des mouvements de libération dans le Continent. Précisément cette année 2004 marque le bicentenaire de cette geste héroïque dont tous les peuples du Continent ont tiré profit. Je saisis cette occasion pour rendre hommage à tous les héros de l'Indépendance d'Haïti.

Haïti a également été l’une des vingt et une républiques fondatrices de notre Organisation. Nos procès-verbaux font état de la participation active de Monsieur Joseph D. Charles à la Neuvième conférence internationale américaine tenue à Bogota en 1948 qui a donné naissance à l'OEA. Grâce à l’influence culturelle et politique d’Haïti, notre Organisation a été, dès le départ, une assemblée qui a bénéficié de l’histoire et des influences africaines dans la constitution de notre personnalité collective. Grâce à Haïti, le français figure depuis bien longtemps comme une langue officielle de l'OEA.

Plusieurs décennies se sont écoulées depuis la fondation de l’OEA. Je ne pense pas me tromper en affirmant que durant ces 15 dernières années, ce Conseil et l'Assemblée générale ont consacré une grande attention à la situation en Haïti. Il est possible qu'Haïti soit le pays auquel l'OEA a consacré le plus de temps. A plusieurs reprises, ce Conseil a exprimé sa préoccupation face aux diverses situations critiques qui ont affecté le bien-être du peuple haïtien avec différents niveaux d'intensité.

De même par exemple, c’est dans ce bâtiment, lors de votre visite en 1988, en votre qualité de Ministre des affaires étrangères du Président d’alors Leslie Manigat, que ce Conseil a déclaré qu’il était disposé à "agir de manière à favoriser les aspirations légitimes de paix et de liberté de la nation haïtienne ».

Depuis lors, Monsieur le Ministre, notre Organisation s’est fixée comme objectifs prioritaires en Haïti de contribuer au développement économique et social, à l'élimination de la pauvreté absolue et à la consolidation d'une démocratie stable.

Le récent passé en témoigne. Depuis le mois de juillet 2000, lorsque la Mission d’observation des élections mise sur pied par l'OEA en Haïti a soumis son rapport sur les élections tenues le 21 mai 2000, le Conseil permanent a prêté une attention spéciale à la situation en Haïti. Depuis cette date, Le Conseil a adopté sept résolutions qui, axées sur les principes et buts fixés pour notre Organisation et consacrés dans la Charte de l’OEA, ont compris l’envoi d’une Mission spéciale pour aider le peuple haïtien à parvenir à un règlement pacifique et démocratique de la situation de confrontation extrême survenue après les élections de mai 2000, jusqu'à la récente requête que nous avons adressée au Conseil de sécurité de l'ONU le 26 février dernier, face à la gravité de la situation.

Il sied aussi de souligner que l'Assemblée générale a également adopté lors de ses trois dernières sessions ordinaires, trois résolutions sur la situation en Haïti, toutes visant à offrir les bons offices de l’Organisation dans la quête d’un règlement pacifique, démocratique et électoral à la crise politique. Toutes ces initiatives n’ont pas porté fruit. La crise s’est graduellement aggravée et la situation s'est détériorée en raison de l'inflexibilité absolue d'importants acteurs politiques en Haïti.

Malheureusement, ce n’est pas la première fois que de tels faits sont enregistrés dans l’histoire d’Haïti. Durant les cinq dernières années, la situation haïtienne est passée par une série de phases au cours desquelles l’aggravation de la crise a appelé une attention spéciale de la communauté internationale, y compris celle de l'OEA, pour retomber ensuite dans une période d’inertie qui s’est graduellement transformée en indifférence. Pour le bien du peuple haïtien et pour la crédibilité de notre Organisation, il faut mettre un terme à ce cycle de crise-attention-inertie-indifférence-crise.

Monsieur le Premier Ministre, il est difficile de traduire le sentiment qu'éprouve le Conseil permanent face à la situation dans votre pays en raison de la diversité d'opinions. Mais, nous acceptons les faits. C’est la seule façon de nous tourner vers l'avenir. Un peu plus de deux ans après sa constitution, la Mission spéciale de l’OEA n’a pas réussi à trouver un règlement à la crise politique par la tenue d'élections libres et transparentes avec l'appui de la communauté internationale. En dépit des louables efforts déployés par le Secrétariat général, la Mission spéciale elle-même et les Etats membres, spécialement par la CARICOM, la polarisation politique et notamment l'inflexibilité de quelques acteurs, ont entravé la réalisation de l'objectif de mettre sur pied un Conseil électoral provisoire. La détérioration progressive de la situation a mené à une interruption de l’ordre démocratique.

Malgré les considérations qui précèdent, au cours de diverses séances récemment tenues par ce Conseil, la volonté unanime a été exprimée de supporter Haïti en ce moment particulièrement difficile de son histoire. La volonté existe de maintenir la Mission spéciale en la dotant d'un nouveau mandat qui se focalise sur le respect de l'Etat de droit et la protection des droits de la personne, l'octroi de garanties de sécurité à l'opposition politique et la promotion de la réconciliation nationale. La volonté existe pour que cette Mission de l’OEA agisse en coordination avec la Mission de stabilisation créée par le Conseil de sécurité de l'ONU.

Dans cette perspective, les membres de l’OEA appuient les objectifs énoncés dans la résolution 1542 du Conseil de sécurité de l'ONU, à savoir qu'un climat de sécurité peut contribuer à la mise en oeuvre d'un processus politique de réconciliation nationale dans le cadre de la constitution, au respect de l’Etat de droit et des droits de la personne, lequel climat facilitera la tenue dans les plus brefs délais d’élections libres, transparentes, comptant avec la participation de toutes les forces politiques du pays.

Monsieur le Premier Ministre du Gouvernement de transition

Les objectifs de réconciliation nationale et d'engagement politique que vous avez annoncés s'avèrent significatifs, parce qu'ils sont indispensables au rétablissement de la normalité démocratique au moyen d’élections libres. C’est dans cette perspective que la communauté continentale prend note avec intérêt de la désignation du Conseil électoral récemment constitué de neuf membres.

De même, nous estimons de grande importance qu'au nombre des priorités de votre Gouvernement de transition, figurent de manière particulière les questions de sécurité, de désarmement, de justice et d’impunité et surtout et peut-être la plus importante, de développement.

Je vous renouvelle, Monsieur le Premier Ministre Latortue, ainsi qu'aux membres de votre délégation officielle, la plus cordiale bienvenue au siège de notre Organisation.

Merci beaucoup.

Le 6 mai 2004

 

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