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DISCOURS DU SECRETAIRE GENERAL ADJOINT AMBASSADEUR LUIGI R. EINAUDI SÉANCE
PROTOCOLAIRE TENUE EN HONNEUR DU PREMIER MINISTRE DU GOUVERNEMENT DE
TRANSITION D’HAÏTI, SON EXCELLENCE M. GERARD LATORTUE
LE JEUDI 6 MAI 2004
Monsieur le Président du Conseil Permanent,
Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur le Secrétaire d’Etat des Haïtiens vivant à l’Etranger,
Messieurs et Mesdames les Représentants Permanents,
Messieurs et Mesdames les Observateurs Permanents,
Monsieur le Secrétaire Général,
Messieurs et Mesdames,
Le Secrétaire général m’a prié de souhaiter de sa part, à Votre Excellence,
Monsieur le Premier Ministre, et à votre délégation officielle, la bienvenue
à cette Maison des Amériques. Je vous adresse également ces mots de
bienvenue au nom de tout le Secrétariat général.
Le Président du Conseil permanent vient de nous décrire la situation
difficile et complexe à laquelle doivent faire face tant Haïti que la
communauté internationale, et particulièrement cette Organisation. La crise
qui s’est progressivement durcie depuis les élections locales et
parlementaires sérieusement défectueuses qui ont eu lieu en mai 2000 a
débouché dans une série de manquements évidents à l’ordre constitutionnel
d’Haïti en ce qui a trait tant à l’Exécutif qu’au Législatif. Cette
Organisation, et le Secrétaire général, qui m’a demandé d’assurer la
supervision journalière de ce dossier, ont déployé tous les efforts
possibles pour prévenir ces manquements. Cependant, les conditions étaient
telles que nous n’avons pas pu aboutir.
Suite à la crise politique qu’a connue Haïti à la fin du mois de février,
vous êtes ressorti comme le choix de consensus d’une coupe transversale
remarquable de la société haïtienne, qui vous a recommandé au Président
provisoire pour occuper le poste dont vous exercez aujourd’hui les
fonctions. Vous avez donc été choisi comme le candidat estimé le mieux à
même d’arriver à concilier des divergences marquées et à dépolariser la
situation qui prévalait dans votre pays.
En votre qualité d’économiste spécialisé en questions de développement, vous
avez eu une trajectoire brillante au service de la communauté
internationale, en particulier au sein de l’Organisation des Nations Unies.
Vous apportez l’expérience de toute une vie avec des problèmes de
développement presque insolubles pour vous attaquer à ceux qui sont au
centre de la douloureuse épreuve d’Haïti.
Le fait que vous ne vous êtes identifié à aucun parti politique, que vous
ayez clairement indiqué que votre seul souci était de mettre les meilleures
capacités techniques possibles à la disposition de votre pays, a ajouté à la
confiance que les cercles politiques ainsi que la société civile d’Haïti ont
placé en vous.
Ces éléments ont également servi à raviver l’espoir général que vous
concentreriez l’attention du gouvernement dont vous tenez les rennes sur les
besoins immédiats d’Haïti sans essayer de prendre des décisions qui
reviennent de droit au peuple haïtien et pour lesquelles ce dernier doit
exercer son droit de suffrage.
Monsieur le Premier ministre, l’OEA a œuvré en faveur de la démocratie en
Haïti pendant la décennie écoulée, et bien avant. Pour aider à relever les
défis politiques découlant des élections de mai 2000, l' OEA a exhorté le
Gouvernement d'Haïti, sans cesse, de faire tout possible pour garantir la
participation effective de tous les courants politiques. Nous répétons cette
exhortation aujourd'hui. L’OEA appuie les droits démocratiques dont tout
citoyen dans tous les pays des Amériques a le droit de jouir, soit la
liberté d’expression et le droit de s’organiser et participer aux élections.
Nous nous attendons à ce que, dans l’esprit de la Charte démocratique
interaméricaine, et dans celui de la Charte de la CARICOM sur la société
civile, le Gouvernement provisoire d’Haïti appliquera les mêmes principes à
tous, quelles que soient leurs opinions politiques ou quelles qu’aient été
leurs perspectives politiques dans le passé.
Dans ce contexte, Monsieur le Premier ministre, je suis persuadé que vous
comprenez l’ampleur de la surprise, voire de l’inquiétude, qu’ont causé les
remarques qui vous ont été attribuées aux Gonaïves le 20 mars. Nos États
membres favorisent des solutions d’inclusion et non violentes. Ils sont
d’avis que des groupes armés en marge de la loi et les personnes reconnues
coupables n’ont pas de place dans l’entreprise nationale de reconstruction
et de réconciliation.
En juin 1988, en votre qualité de Ministre des affaires étrangères d’un
gouvernement élu, mais en fin de compte transitoire lui-même, dans une
allocution prononcée devant ce Conseil réuni en séance protocolaire, vous
avez dit que Haïti était résolue à sortir de l’isolement dans lequel elle
s’était trouvée et vous avez fait remarquer que “nous avons été complètement
en dehors de la scène politique internationale, tant au niveau de l’ensemble
de l’Amérique latine qu’au niveau de l’ensemble de la Caraïbe”. Seize ans
plus tard, ces impressions devaient être reprises par le Premier ministre de
la Jamaïque l’Honorable P.J. Patterson pendant sa présidence de la
Conférence des chefs de gouvernement de la CARICOM. En janvier dernier, le
premier ministre Patterson m’a confié que la sortie de l’isolement et
l’intégration effective d’Haïti parmi ses voisins de la Communauté des
Caraïbes seraient d’une importance vitale pour la stabilité, la démocratie
et le développement pacifique d’Haïti. Je suis tout a fait d’accord, et
j’ajouterai à ceci l’importance tout aussi vitale aujourd’hui des relations
d’Haïti avec le seul autre pays des Amériques dont l’indépendance a précédé
la sienne, les États-Unis, avec lequel Haïti entretient, de par l’histoire,
des relations d’influence réciproques. Connaissant le caractère unique
d’Haïti, nous sommes persuadés qu’elle est capable de réussir cette
intégration avec les Caraïbes, avec les Amériques du Nord, du Sud et avec
l’Amérique centrale, sans abandonner ou sacrifier ni sa souveraineté ni son
riche héritage africain et français.
Monsieur le Premier ministre, l’OEA se réjouit à toute avance de la pleine
participation d’Haïti au Système interaméricain. Depuis que vous avez assumé
vos fonctions, nous avons accueilli avec satisfaction la participation de
votre Ministre à la condition féminine à la Quatrième Réunion des ministres
et hauts fonctionnaires chargés des politiques d’avancement de la femme dans
les États membres (REMIM) et celle de votre Ministre de la justice à la
Quatrième Réunion des ministres de la justice des Amériques (REMJA). Nous
nous félicitons de constater que Haïti sera également représentée au
séminaire sur l’identification, la collecte, la gestion des stocks et la
destruction des armes individuelles et des armes légères que le Gouvernement
du Nicaragua accueillera la semaine prochaine avec l’appui de l’OEA et le
financement du Brésil, du Canada et des États-Unis.
Monsieur le Premier ministre, le Président du Conseil permanent a indiqué
que cet organe entend poursuivre ses discussions sur les modalités précises
de la participation de l’OEA et, particulièrement, celle de la Mission
spéciale de l’OEA pour le renforcement de la démocratie en Haïti dans les
mois à venir. Depuis avril 2002, date de sa mise en place, le chef de la
mission et son personnel ont tissé des relations de travail avec l’éventail
tout entier de la vie politique, organisationnelle et institutionnelle
d’Haïti, dans les secteurs de la justice, de la sécurité, de la gouvernance
et des droits de la personne. La mission a également créé un cadre pour la
professionnalisation de la police et un appui en faveur d’une police
nationale haïtienne neutre.
En adoptant la résolution 1542 la semaine dernière, le Conseil de sécurité
des Nations Unies a établi clairement et intégralement les tâches qui
doivent être menées à bien en Haïti, et a présenté les modalités d’exécution
de celles-ci. La résolution des Nations Unies lance de nouveau à la
communauté internationale un appel à “continuer d’assister et d’épauler le
développement économique, social et institutionnel d’Haïti à long terme” et
accueille avec satisfaction l’intention de l’Organisation des États
Américains et de la CARICOM, entre autres, de prendre part à ces efforts.
Dans cette nouvelle étape, et à la lumière de la résolution 1542, le
Secrétariat général attend que les États membres décident quelle serait la
meilleure façon de poursuivre notre rôle régional et d’utiliser l’expérience
prouvée de l’OEA en Haïti en matière de gouvernance, d’élections, et des
droits de la personne.
Peut-être, Monsieur le Premier ministre, ce serait un vrai signe de sortie
d’ isolement si, à la fin du mandat de la mission de stabilisation des
Nations Unies, le Brésil et la France avaient tellement bien travaillé
qu’ils auraient également aidé à constituer un rival haïtien fort dans la
course à la Coupe du Monde de football ou si, par exemple, la participation
de la CARICOM avait pour effet secondaire de développer chez la jeunesse
haïtienne un intérêt pour le criquet !
Monsieur le Premier ministre, nous sommes parfaitement conscients du fait
que, dans le délai que vous avez fixé pour ce que vous avez décrit comme «
l’œuvre titanesque » de votre gouvernement, vous pourrez uniquement jeter
les bases d’un mouvement positif dans la bonne direction. Cependant, nous
sommes certains que vous comprenez ce qui est attendu de votre gouvernement,
que vous pouvez exercer et que vous exercerez effectivement le leadership
nécessaire, et que vous établirez de solides fondations pour ceux qui
reprendront de vos mais les rennes du gouvernement.
En cette année qui commémore le bicentenaire de l’indépendance d’Haïti, nous
formulons le vœu que la communauté internationale et le peuple d’Haïti
prouveront qu’ils sont capables de surmonter les obstacles de classe et de
race, d’histoire et géographie et de culture, permettant ainsi au pays et à
son peuple d’entamer un processus moderne de développement libre et juste,
qui s’avérera tout aussi édifiant que l’exploit grandiose que nous
commémorons cette année.
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