JOURNEE DE REFLEXION SUR LA SECURITE PUBLIQUE LE DESARMEMENT ET LES DROITS HUMAINS

Le  29 avril 2004

Propos de Monsieur David LEE, Représentant du Secrétaire Général de l’OEA, Chef de la Mission Spéciale Visant à Renforcer la Démocratie en Haïti

Mesdames et Messieurs les Responsables du CARLI, CIPA, DESAFRODH ET CHEPA§,
Mesdames et Messieurs les Représentants de la Communauté Internationale,
Mesdames, Messieurs

Je voudrais en premier lieu vous adresser mes félicitations pour votre initiative concernant l’organisation de cette journée à laquelle la Mission Spéciale de l’OEA Visant à Renforcer la Démocratie en Haïti s’est associée.

En effet, l’importance de la problématique de la Sécurité Publique, du Désarmement et des Droits Humains en Haïti n’est plus à démontrer, elle est au centre même de la reconstruction et du développement durable du pays pour les années à venir—un point de passage obligé vers la restauration de la stabilité et la création des conditions propices au bon déroulement du futur processus électoral.

La résolution 822 de l’Organisation des Etats Américains en date du 4 septembre 2002 avait également déterminé que l’instauration d’un climat de paix et de stabilité en Haïti était indispensable au bon déroulement du processus électoral. Ce processus prévoyait notamment la création d’un Conseil Electoral Provisoire de consensus, la mise en place d’un dispositif pour la sécurité des élections, la professionnalisation de la Police Nationale d’Haïti et le lancement d’une campagne de Désarmement. Cependant, les évènements politiques récents n’ont pas permis la mise en œuvre des prescrits de la Résolution 822. La Mission Spéciale avait quand même pu réaliser un Séminaire de deux jours sur le Désarmement en octobre 2002, séminaire plein de substance et de leçons dont la documentation complète est disponible au public.

Votre journée de réflexion, Mesdames et Messieurs, devrait, nous l’espérons, produire des échanges fructueux et générateurs de propositions, de nature à fournir des solutions pour remettre le pays sur les rails du développement, de la reconstruction et de la réussite.

En premier lieu, il y a la question du Désarmement qui est au centre du débat sur la Sécurité Publique en Haïti car il est essentiel de s’attaquer au problème des armes illégales et à celui des armes légales utilisées illégalement, afin d’en finir avec l’insécurité. Cela doit se faire principalement à travers la mise en place de stratégies qui tiennent compte des différents groupes armés. Pour certains groupes il faut des instruments de développement économique des secteurs touchés, ou bien de réinsertion personnelle des membres des gangs armés et aussi de renforcement des Institutions chargées du contrôle de la circulation des armes dans le pays ainsi que d’une réforme légale en profondeur. Et j’en passe…

En second lieu il faut compter la professionnalisation de la Police Nationale d’Haïti qui va de pair avec la réforme de la justice, car ce sont les deux piliers de la démocratie : une force de sécurité publique professionnelle et respectueuse des droits humains ainsi qu’une justice apte à combattre l’impunité et la corruption doivent être les premiers objectifs en matière de sécurité publique.

Mais si ce processus a été jusqu’ici principalement du ressort de l’autorité publique, pour la première fois en Haïti, il y a lieu de souligner le rôle que devrait jouer le publique, la société civile dans le sens large du terme, dans ces questions clés de sécurité publique. Je suis encouragé à cet égard par les propos tenus par Monsieur le Premier Ministre dans son discours d’ouverture jeudi dernier à la réunion entre le Gouvernement et les Bailleurs de Fonds, lorsqu’il a mis l’accent sur les apports indéniables que tous les secteurs de la vie nationale dont vous, les organisations de défense des droits humains, doivent apporter dans ce processus.

Quant aux problèmes de l’état de droit, du respect des droits humains, je tiens à rappeler que les droits humains sont indivisibles. Ils s’appliquent à tout le monde, toutes tendances politiques confondues, aux ex-militaires, aux Organisations Populaires, dans le Nord, dans le Sud, aux Gonaïves, à Hinche, dans les bidonvilles, les ports, à Pétionville, partout. Il faut une autorité adéquate à travers le pays pour soutenir les droits de tout le monde. Et il faut que l’état de droit et le respect pour les droits humains soient appliqués par la force de police aussi à elle-même—celle qui est chargée de l’ordre public dans le pays. Il n’est que trop urgent de revoir cette question sous un angle novateur. Par exemple, peut-on penser à des moyens dans ce domaine pour renforcer l’Office de Protection du Citoyen? Elle pourrait travailler de concert avec l’Inspection Générale de la PNH dans le cadre du respect des droits humains par l’ensemble des policiers.

En terminant ces propos d’ouverture, je voudrais insister sur le fait que la Communauté Internationale et l’OEA en particulier sont prêtes à accompagner en profondeur et dans la durée Haïti pour qu’elle puisse se reconstruire et cheminer vers la Démocratie et accéder enfin à un statut d’Etat de droit garant des libertés individuelles et publiques.

Port-au-Prince, le  2004

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