LA PROBLEMATIQUE DU DESARMEMENT
Le 29 avril 2004
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I. Problème posé
Comment arriver à désarmer dès maintenant et également
sur le long terme les diverses personnes ou groupes qui possèdent des
armes dans le pays sachant que le régime précédent avait armé un grand
nombre de ses partisans à des fins de terreur politique.
II. Etude
2.1. Les caractéristiques de
la circulation des armes en Haïti
Ø
Le nombre d’armes légalement enregistrées :
20379 en 2001
Ø
Les armes en circulation illégales (plusieurs
milliers) proviennent :
§
Des FAd’H dissoutes en 1995
§
De la résistance au coup d’Etat militaire
§
De la contrebande (USA, République
Dominicaine)
Ø
Le coût dérisoire d’une arme en Haïti,
Ø
La Constitution qui autorise la détention
d’armes à domicile,
Ø
L’arme, moyen de survie, autodéfense et survie
économique,
Ø
Le modèle haïtien, différent des autres pays
(milices, contras, situations de post-conflit, etc.) à rapprocher du modèle
des favelas brésiliennes
2.2 L’action de la Mission Spéciale en matière de
désarmement
Des termes de référence sur le désarmement ont été signés le
15 novembre 2002 entre le Gouvernement de la République et la Mission
Spéciale, avec le partenariat du PNUD, ils prévoyaient une quinzaine de
mesures pour mettre en œuvre la Campagne nationale de désarmement dont,
Ø
La création d’un comité national de
désarmement,
Ø
L’élaboration d’un plan national de
désarmement,
Ø
L’organisation d’une campagne nationale de
sensibilisation pour la population autour du thème du désarmement,
Ø
La réforme légale,
Ø
Des opérations de recherches et de fouilles
menées par la PNH,
Ø
La collecte des armes de l’entourage des
officiels,
Ø
L’organisation d’une cérémonie publique de
destruction d’armes,
Ø
La mise sur pied d’un projet pilote de
désarmement.
A noter que le Caricom avait également prévu certaines
mesures de désarmement dans son plan d’actions prioritaires mais celui-ci
n’a jamais été mis en œuvre en raison des évènements politiques.
En fait et globalement, aucune avancée véritable n’a eu lieu
en matière de désarmement depuis novembre 2002 en raison du manque évident
de volonté du précédent Gouvernement d’aboutir dans ce domaine.
III.
La nouvelle situation
3.1. Le nouveau contexte politique
Le nouveau Gouvernement devra montrer
sa volonté de désarmer et de traiter le problème en urgence faute de quoi
aucune avancée ne pourra être obtenue.
3.2. La présence des forces militaires internationales
Elles agissent en matière de
désarmement en saisissant les armes illégales lors de leurs opérations de
fouilles dans la rue ou lors de leurs interventions ciblées sur
renseignement. Elles ont mis en place un programme spécial de financement
des renseignements fournis par la population au sujet des caches d’armes.
3.3. Les groupes armés
Ils sont de plusieurs sortes, dans le nouveau contexte actuel :
Ø
Les ex-chimères, qui disposent d’armes en
grand nombre et qui sont basées dans les quartiers populaires de Cité-Soleil,
la Saline, Bel Air, carrefour, etc.. Ils représentent une réelle menace,
d’autant plus qu’ils ont reçu de nouvelles armes avant le départ d’Aristide,
Ø
Les partisans de Guy Philippe, quelques
centaines d’ex militaires lourdement armés,
Ø
Les « bourgeois » et commerçants qui ont perdu
beaucoup lors des pillages et qui se sont constitués en groupes
d’autodéfenses pour protéger leurs biens,
Ø
Les évadés de prison au nombre de plusieurs
centaines dont certains anciens déportés des Etats-Unis sont considérés
comme particulièrement dangereux,
Ø
Les criminels organisés, principalement dans
le trafic de drogue,
Ø
Etc.
3.5. Les agences de sécurité
Elles ont un effectif d’environ 6000 hommes et disposeraient
de quelques 3000 armes, de poing et d’épaule.
3.4. La faiblesse de la PNH
Forte d’à peine 3000 hommes, elle a encore perdu de sa
capacité opérationnelle avec les récents évènements car bon nombre de ses
personnels ont fui, notamment en province, et ses infrastructures et
équipements ont gravement souffert. Elle doit rappeler les personnels
manquants et faire l’évaluation des dommages subis.
IV.
Propositions d’action
41. Dans l’immédiat
Diverses mesures sont nécessaires pour mener des opérations
de désarmement dans l’urgence :
Ø
créer le nouveau Comité National de
Désarmement et mettre à sa tête une personne qui fait autorité mais qui doit
faire également preuve d’un grand dynamisme et de motivation,
Ø
coordonner les efforts de la communauté
internationale en matière de désarmement en créant une cellule permanente de
crise « désarmement » à laquelle sera intégrée la contrepartie sous une
forme à définir mais qui sera décisionnelle et opérationnelle, allant
au-delà des attributions des ex-comités conjoints,
Ø
promulguer dans l’urgence un décret d’amnistie
générale pour une remise volontaire des armes,
Ø
élaborer un nouveau plan national de
désarmement,
Ø
mettre en œuvre une campagne nationale de
sensibilisation de la population,
Ø
entreprendre des opérations policières de
désarmement dans les quartiers concernés avec l’appui des forces militaires
internationales mais en faisant appel à la population et à la recherche du
renseignement,
Ø
mettre en œuvre dans l’urgence des projets de
type Carrefour-Feuilles à grande échelle dans les zones qui en ont besoin et
notamment pour commencer à Cité-Soleil. Ce type de projets devra fournir des
emplois en masse aux désœuvrés et ex-chimères,
A noter qu’un accord entre les ex-militaires et le
Gouvernement devrait comprendre des clauses relatives à leur désarmement
afin qu’ils puissent remettre volontairement leurs armes.
42. Sur le long terme
Il s’agit des opérations DDR qui
seront menées par la future force de stabilisation onusienne et dont on va
vous parler dans l’immédiat.
Conclusion : l’urgence de désarmer les gangs et
autres groupes est réelle mais le risque d’échec est grand si l’on ne
prépare pas les opérations avec soin. La communauté internationale doit
toutefois retenir qu’elle doit s’impliquer de façon coordonnée dans le
désarmement et qu’elle doit aussi consentir des débours importants car les
opérations de développement communautaire pour réduire la violence armée
sont très onéreuses. Sans ces préalables, alliés à une forte volonté
politique locale, on risque de ne pas aboutir, ce qui ne pourrait que
contribuer à l’expansion de la criminalité, de l’insécurité générale et de
l’instabilité politique, préjudiciables au développement de ce pays et à sa
marche vers la démocratie.
Port-au-Prince, le 28 avril 2004 |